30.09.2008

Le New Deal de Kourtrajmé

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"Regarde on dirait pas Bagdad ce bâtiment ? Y pue pas sa grand mère ? Ici c'est la merde mon frère." En capturant le discours de Byron, le tôlier de la cité, la caméra de Ladj Ly a encore frappé. Habitué au style documentaire, l'un des piliers de Kourtrajmé, auteur du surviolent "365 jours à Clichy Montfermeil" tourné caméra à l'épaule lors des émeutes post-CPE, réitère avec "Go fast connexion". Même climat pesant, même atmosphère glauque, même envie de tout brûler. Mais cette fois l'ambiance est moins cocktail molotoff et plus tarpé. Le réalisateur plonge en apnée dans la fumée lourde et épaisse du trafic de bedo. A 20 minutes de Paris, les dealers sont à huit heures sur le ter-ter et les kilos de shit se découpent comme des plaquettes de beurre. Au milieu des buildings blafards aux murs décrépis, les quartiers sont des "territoires", les amis sont des "collègues" et les les flics, tous des "fils de pute"... Et si cela n'était qu'une fiction ? C'est ce que nous apprend la chute de ce bel exercice de style.  En l'espace d'une vingtaine de minutes Ladj Ly, démonte le système du documentaire anxiogène façon TF1 et nous remet le nez face une cité où la seule chose qui reste à faire, c’est dealer dans des cages d’escalier. Comment faire d'une fiction une  œuvre plus vraie que nature.

 

05.05.2008

Que Justice soit faite

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Après avoir fréquenté les Tunning Meetings des parkings du Nord-Pas-de-Calais pour le clip de DJ Mehdi, Romain Gavras, réalisateur du collectif Kourtrajmé, signe un second clip pour le label Ed Banger et son duo fétiche : Justice. Finies les animations typographiques fluorescentes qui prenaient vie sur les t-shirts de Dance. Conformément à l’ambiance un brin glauque qui caractérise le style Gavras et sa manière de filmer des faits sociaux de manière quasi-chirurgicale, l’ambiance est un peu moins festive et autrement plus angoissante.

Fidèle au titre de la chanson – « Stress » – dont le rythme effréné aurait tendance à faire quadrupler les pulsations cardiaques d’un quidam sur le dancefloor,  Romain Gavras place le spectateur dans une atmosphère sous haute tension. Caméra au poing, vibrant au rythme d’un sprint tracé dans les couloirs du RER, le réalisateur suit la déambulation ultra-violente de huit lascars. Des HLM d’une cité aussi grise que le ciel qui la couvre, jusqu’aux marches bénies du Sacré-Cœur, les huit mercenaires, matraques et bombes de peintures à la main, sèment la terreur sur leur passage. Une terreur brute, gratuite, haineuse, à faire pâlir n’importe quel bourgeois-intra-muros.

Que doit-on voir en filigrane de ce crescendo de violences montré par un réalisateur déjà controversé ? Il semble qu’il n’y ait aucune dénonciation à l’œuvre dans ces images. Elles ne font allusion à aucun système social mal goupillé, aucun contexte politique tordu, aucun événement annexe prompt à la révolution (contrairement à La Haine de M. Kassovitz, à laquelle on ne peut s’empêcher de penser). Leur force d’impact vient de leur gratuité : Justice et Gavras, ont cherché l’électrochoc pur et simple.

330960139.jpgOn ne peut cependant s’empêcher de voir au travers de ses huit semeurs de trouble, une allégorie renvoyant vers un autre âge. Celui des croisades, où sous couverts de sainteté, de piètres chevaliers, mettaient à sac de paisibles villes, pillaient leur richesse, violaient les femmes et tuaient les enfants. Ces jeunes sont-ils les croisés des temps modernes qui, au nom d’une croix signifiant « Justice », portée au dos de leur blouson de cuir (au lieu des bannières des chevaliers) dépassent les frontières du périphérique comme s’ils prenaient d’assaut les murs de Constantinople ?

On pourra se plaindre d’une telle violence. Mais derrière l’électrochoc, renaît la créativité. Quelle créativité ? Celle qui, au-delà de toute question de goût et d'interprétation, unit deux djs et un réalisateur encore en mesure de susciter par leur oeuvre commune, la controverse, le débat, la passion. C’est parce que cette vidéo, qui est autant le dernier clip de Justice qu’un court-métrage de Romain Gavras, sent le gaz d’échappement, qu’elle est aussi un immense bol d’air.