22.09.2008
Merci de ne pas nourrir les oeuvres
En avril dernier un gigantesque lombric avait percé le sol des galeries flamandes du musée du Louvres pour s’installer à côté des toiles de Rubens. Le responsable de ce parasitage n’était autre que le plus contemporain des artistes flamands, Jan Fabre, déclarant s’être lui-même représenté dans cet « Autoportrait en plus grand verre de terre du monde ». Cinq mois plus tard et à quelques résidences princières de là, le château de Fontainebleau a ouvert les portes de ses fastueux salons à plusieurs exposants du Palais de Tokyo. Parmi ces invités, l’artiste Daniel Firman, choisit d’investir les lieux avec son animal domestique empaillé : un éléphant grandeur nature, tenant en équilibre sur sa trompe dans la bibliothèque boisée de la galerie de Diane. Vient enfin s’ajouter à ce duo d’artistes contemporains portés sur nos amis les bêtes, le déjà culte Jeff Koons qui a ponctué la visite du château de Versailles de quelques animaux disposés ici et là, dont le fameux Lobster, un homard à échelle 400%, pendu les pinces en haut et la tête en bas dans le rougeoyant salon de Mars.

Le geste autant que l’œuvre a une portée artistique, qui puise sa source dans la confrontation des genres. On doute d’ailleurs que le choc des époques puisse encore choquer quelques rétrogrades… Bien que l’on s’amuse à imaginer un personnage s’offusquant de cette « vulgarité ». Non, ce n’est plus possible. Surtout si ces installations ont aujourd’hui plus valeur de divertissement que de provocation. Elles ponctuent agréablement les visites d’irruptions contemporaines qui se laissent aussi bien regarder qu’un clip d’Eminem au milieu d’une émission fleuve de cinq heures sur l’art baroque. On se prendrait même à croire que l’installation est un « animal » nécessaire pour attirer le chaland, vers une histoire désormais trop loin pour qu’on puisse encore spontanément s’y intéresser.
Mais entendons-nous ! Ce n’est pas parce une installation contemporaine est un divertissement, qu’elle doit passer outre les interprétations : en voici donc une, qui pourra paraître aussi fantasque qu’un homard géant suspendu comme un lustre dans un salon du château de Versailles. Nous remercierons ces trois artistes pour leur œuvre aristotélicienne cernant l’homme dans sa condition d’animal politique sur ces anciens lieux de pouvoir. Par leurs querelles médiatiques, leurs luttes d’ego et leurs « petites phrases » à répétition, les animaux qui nous gouvernent finissent par ne plus ressembler au loup, au lion ou au renard, à l’image du Prince de Machiavel, mais à de vulgaires animaux figés dans l’embarras de lombrics et de crustacés. Il est donc temps de redonner aux lions leurs lettres de noblesses. Artistes contemporains, continuez de faire passer le message. Courez donc installer trônes et baldaquins dans les cages du zoo de Vincennes.
12:28 Publié dans Arty | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : jeff koons, jan fabre, daniel firman, versailles, fontainebleau, louvres, palais de tokyo





