19.02.2009

Obey Mania

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Obey – Shepard  Fairey de son vrai nom – est sorti de la sphère intimiste de l’art de rue pour être projetté au devant de la scène publique, au point product_thumb.jpgd’avoir été l’auteur presque malgré lui de l’affiche la plus célèbre de la campagne de Barack Obama. Quand d’autres équipes de campagne, à d’autres époques, auraient catégoriquement refusé l’exploitation de toute image du présidentiable sans un minutieux contrôle préalable, l’équipe de com du nouveau président, rodée aux techniques de buzz, s’est empressée d’approuver la démarche indépendante de l’artiste, ravie d’être relayée en sous main, sans frais et sur la toile par un discours underground aux accents « cool ».

Obey ne s’était jamais investi pour une personnalité politique et s’était même plutôt fait le chantre d’un discours « anti » d’une tonalité contestataire comme l’y incite sa figure d’artiste de rue dans la lignée d’un Banksy ou d’un Zeus qui tatouent respectivement les murs de Londres et de Paris. Eux, mettent des portes-jartelles à la Reine d’Angleterre ou détournent les plaques d’immatriculation de la police municipale. Obey s’est quant à luiobeybook.png souvent illustré en dénigrant la socéiété de consommation et en dézinguant la politique de W. à travers des codes graphiques révolutionnaires, teintés de rouge soviétique. Qui aurait dit qu’un jour, un artiste d’inspiration coco ferait le portrait officiel-malgré-lui du nouveau président des Etats-Unis ?

L’iconographie alternative que revêtait l’affiche a ses début, s’est d’ailleurs un peu évaporée. Le visage plein d’espoir d’un obama rouge, blanc, bleu, le regard tourné vers l’avenir, peint par un gars de la rue, a été rattrappé par le rêve américain qui en a fait un objet de grande consommation. Quel profil facebook ne l’utilise plus ? Sur quel T-Shisrt ne fut-il pas imprimé ? Combien de gamins ne l’affiche pas dans leur chambre à coté de leurs posters d’artistes de rap préférés ? L’image dessinée est belle et bien sorti du champ confidentiel du street art, pour devenir le nouveau visage de toute l’Amérique. C’est alors que les problèmes ont commencé.

Comme le révèle un passionnant article de Philippe Grangereau parue dans Libération, une photographe de l’Associated Press clame la propriété de l’image dont s’est inspiré l’artiste pour réaliser son collage. Interrogé sur le sujet, Obey a en effet reconnu s’être inspiré d’une photo qu’il avait trouvé sur le Net. On s’est dit alors que la méchante agence de presse allait lui réclammer des sommes pharaoniques en dommages et intérêts et que l’artiste, qui s’était fait le véhicule de cette belle photo incarnant une élection présidentielle historique et le nouveau visage de l’Amérique, se ferait plumer dans sa misérable condition de street artist rebel mais intègre… Le scénario presque déjà écrit ne s’est pourtant par déroulé ainsi

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Alors que l’AP proposait un accord a l’amiable plutôt inventif et salutaire – « alimenter un fond de charité destiné a soutenir les photographes de l’AP à travers le monde qui sont victimes de conflits ou de désastres naturels » –, Obey n’ a pas semblé réceptif a la proposition. Le street artist a porté l’affaire devant un tribunal en s’appuyant sur un texte de loi qui autorise une réexploitation « raisonnable » des images soumises à un copyright. Sic. Le beau révolutionnaire qui couvrait les rues de New-York et de Los Angeles de ses affiches anti-système a ainsi tristement révélé son âme plus procédurière que l’institution.

Mais plutot que d’interroger le bien fondé de l’initiative de Shepard Fairey cet incident invite à se poser une question sur la condition du street art, l’art de la rue, l’art de là où est né ce portrait, et sur le moment où le street art devient un art exposé (le portrait est actuellement à l’Institut d’Art Contemporain de Boston), de l’art tout public, voire de l’art de grande consommation… Là ou ce portrait a fini sa course folle. L’art de la rue mâtiné d’esthétique alternative ne semble avoir de sens que dans la rue. A peine révélé au yeux d’une public de masse qui se met à l’idôlatrer au point d’en faire des magnets à coller sur son Frigidaire, il n’a plus ce panache contestataire et rebel que lui donnait son existence sous le manteau. La polémique autour de cette affiche en est la preuve : à peine fut-elle soumise au succès que son intégrité d'oeuvre d'art fut mise en cause. Si elle était resté dasns le carcan des ruelles et des impasses de NY, n’importe quel photographe de l’Associated Press aurait toléré - et se serait même probablement amusé - de cette réappropriation. Dès lors que le street art est exposé, on n'accepte plus ses remixes, ses bricolages et ses emprunts… Dès lors que le street art existe au yeux de tous, il devient soumis aux lois du Copyright. Dès lors que le street art se met à vivre de célébrité, on constate que son auteur qui prônait le changement à travers l'imaginaire de ses affiches, CHANGE également du tout au tout. L’art qui naît dans la rue, souvent à cause des portes fermées des institutions, meurt tristement par son style et dans sa cause, dès lors qu’elles lui sont ouvertes.

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