25.08.2009

Pornstar ou Petit Poney ?

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Honeysuckle, Blue Belle, Magic Star, Lickety Split, Forget-Me-Not, Baby Heart Throb … Face à ces appellations aux goûts de bonbons acidulés on en viendrait presque à se demander si les inventeurs des Petits Poneys n’ont pas regardé une bonne dose de films pornos avant de trouver les noms de leurs créatures chevalines… Mais c'est une problématique qui se culbute. Si les mignons petits poneys de notre enfance ont des patronymes étrangement propres à évoquer les plus folles parties de jambe en l’air, c'est peut être, aussi, parce que les actrices du genre s'en sont copieusement inspirées pour évoquer le sex appeal d'une monture de rêve.

A bien y réfléchir, le choix d’une référence poupée-paillette comme pseudonyme X se justifie, car ces noms portent en eux le nectar d’une gourmandise sucrée et l’insouciance d’un jeu d’enfant. En somme, ces noms de rêve, brillant comme des pierres précieuses et luisant comme des cannes à sucre, rejoignent le mythe de l’écolière et de la bourgeoise (dont usent par ailleurs les films porno dans le choix des furtifs accoutrements de leurs acteurs) : il créent un décalage entre le comportement sexuellement explicite des protagonistes et la supposée innocence des références convoquées. Quoi de plus stimulant en effet que la prespective d'une chevauchée fantastique, dans les jardins immaculés d'un pays enchanté... sans aucun sous-entendu.

Testez votre connaissance en matière de noms d'actrices porno (ou de Petits Poneys) :

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Enfin, le test "Pornstar or potato" pousse l'exercice de comparaison un peu plus loin (et de manière beaucoup plus absurde) :
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30.03.2009

Watch at the Watchmen

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Il faut soi-même se sentir la trempe d’un super-héros pour regarder un film de super-héros quand on sait qu’il dure 2h45. Beaucoup ont ainsi reproché à Watchmen ses inutiles longueurs mâtinées d’ésotérisme, notamment lorsque le récit fait une parenthèse sur mars en compagnie du Dr Manhattan dans le rôle du prof de philo bleu fluo. Mais ces longueurs jugées hâtivement étaient sans compter les plus de mille références qui jalonnent le film et qui prennent légitimement un peu de place sur la pellicule. Elles sont des références historiques, musicales, cinématographiques que le réalisateur Zack Snyder s’est amusé à arranger à la sauce Watchmen.

Vj_day_kiss.jpgLe somptueux générique d’entrée (en vidéo ci-dessous) en compte une dizaine à lui seul. Apparaissent ainsi successivement : la watchwomen Spectre Soyeux sur la carling d’un B-52 américain de la 2e guerre mondiale, le personnage de Silouhette embrassant fougueusement sa compagne dans un remake lesbien de la célèbre photo V-J Day in Timesquare d’Alfred Eisenstaedt, le départ en retraite de Silk Spectre reprenant la composition du Dernier Souper de Léonard de Vinci, Dr Manhattan serrant le main de JFK avant qu’il ne se fasse tirer dessus dans sa Cadillac par le personnage du Comédien, Andy Warhol présentant une toile avec la tête de Hibou en lieu et place de ses Marylin multicolores… Tout ceci sur l’air de la mythique chanson de Bob Dylan The Times they are a-changin'… Les temps changent. Et l’histoire aussi... car un peu plus tard dans le film, le fantomatique Dr Manhattan gagne à lui seul la guerre du Viêt-Nam sur l’air d’une musique encore une fois bien connue : Ride of the Valkyries, la bande originale d’Apocalypse Now.

30.09.2008

Le New Deal de Kourtrajmé

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"Regarde on dirait pas Bagdad ce bâtiment ? Y pue pas sa grand mère ? Ici c'est la merde mon frère." En capturant le discours de Byron, le tôlier de la cité, la caméra de Ladj Ly a encore frappé. Habitué au style documentaire, l'un des piliers de Kourtrajmé, auteur du surviolent "365 jours à Clichy Montfermeil" tourné caméra à l'épaule lors des émeutes post-CPE, réitère avec "Go fast connexion". Même climat pesant, même atmosphère glauque, même envie de tout brûler. Mais cette fois l'ambiance est moins cocktail molotoff et plus tarpé. Le réalisateur plonge en apnée dans la fumée lourde et épaisse du trafic de bedo. A 20 minutes de Paris, les dealers sont à huit heures sur le ter-ter et les kilos de shit se découpent comme des plaquettes de beurre. Au milieu des buildings blafards aux murs décrépis, les quartiers sont des "territoires", les amis sont des "collègues" et les les flics, tous des "fils de pute"... Et si cela n'était qu'une fiction ? C'est ce que nous apprend la chute de ce bel exercice de style.  En l'espace d'une vingtaine de minutes Ladj Ly, démonte le système du documentaire anxiogène façon TF1 et nous remet le nez face une cité où la seule chose qui reste à faire, c’est dealer dans des cages d’escalier. Comment faire d'une fiction une  œuvre plus vraie que nature.

 

21.08.2008

L'ami Wall-E au tri sélectif

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"J'aurais aimé avoir Wall-E comme copain". La remarque est naïve, mais a la mérite de témoigner du pouvoir d'affection de ce compacteur de déchet dernier cri. Elle sera d'ailleurs dans la bouche de nos enfants comme elle fut prononcée par nous 20 ans auparavant, à la sortie de E.T. Difficile en effet de ne pas tomber sous le charme de ce robot sans mâchoire pour articuler « téléphone maison », mais avec une paire d’yeux en forme de jumelles par lesquelles parviennent à passer toutes les émotions. Plaident également en sa faveur, ses deux cordes vocales empruntées à R2D2 et la pantomime faussement maladroite, calquée sur Charlie Chaplin. Et le film ne s'arrête pas là en matière de référence : on saluera ainsi cette demi-heure de quasi-silence qui ouvre le film, à la manière de 2001. S'offre à nous la vision rougeâtre d'une planète en mode post-apocalyptique, ravagée par les déchets au dessus desquels semble planer une violente odeur de contamination chimique. Seul Wall-E, le besogneux curieux, déambule dans cet univers absurde ; un univers laissé à l’abandon par des humains tristement dépeints (obèses et complètement ignares). Car en plus d’être merveilleux, le film est audacieux. Ce qui se présentait comme un innocent film d’animation se révèle également être la caricature sans concession de notre société de consommation. Si Wall-E est seul, c’est parce que la planète a souffert du rendement excessif d’une crapuleuse corporation : Buy n’Large, l’empire de la grande consommation, pourvoyeur de sodas et d’écrans plats.


Image 9.png Mais au fait, quelle est la place de Wall-E dans notre société de consommation qui s’apprête justement à regarder le film sur ses écrans plat en sirotant du soda. La critique a sévi dans les milieux conservateurs d’outre atlantique. Comme le rapporte Libération (article du 30 juillet), un virulent critique de la National Review s’attaque à ce film en forme de pardoxe (écolo mais produit par Disney Pixar). Gregg Pollowitz, ne manque pas ainsi de rappeler que tout ce que souhaite la production donneuse de leçon, « c’est que nous achetions des bibelots Wall-E manufacturés en Chine, par des usines polluantes ». Las des engagements éthiques au parfum de simulacre, la réponse de Pixar séduit par son impertinence. Le film se reconnaît lui-même objet de consommation. Ainsi, le spectateur qui aura eu la patience de rester jusqu’au terme du générique de clôture pourra avoir vu scintiller au milieu des logos Disney et Pixar, apposés en cachet d’authenticité, le fameux logo Bn’L (Buy n’Large), vil symbole de l’industrie destructrice dans le film. Avant même sa sortie, Pixar s’amusait déjà de ce décalage avec un de ses teasers en forme de fausse publicité Bn'L pour un compacteur de déchet révolutionnaire, un certain Wall-E.

 

 

Ce que Disney Pixar semble moins assumer en revanche, c’est la discrète imbrication d’Apple dont la placement de produit est assez subtil tout au long du film. Outre l’iPod que possède Wall-E, son amoureuse, Eve, aux élégantes courbes émaillées n’est pas sans rappeler la gueule Image 8.pngimmaculée des laptops produits par la compagnie à la pomme. A son démarrage retentit d’ailleurs le signal de l’iMac comme une note diffuse et évanescente. Il suffit une nouvelle fois d’attendre le très fructueux générique, pour avoir confirmation qu’un dénommé Steve Jobs est dans le coup. La fable écolo anti-conso ne perd-elle pas de son crédit en ouvrant les portes de sa galaxie à un tel géant du marketing ? Allons… Fermons les yeux sur cette intrusion et imaginons Wall-E qui nous tient la main. Car Wall-E c’est notre copain.

04.08.2008

Heath Ledger : Joker forever

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Après être ressuscité, comme pour faire raisonner à jamais l’écho de son rire glacial au cœur de Gotham, le joker a disparu. Celui qui fit renaître le clown machiavélique de ses cendres c’est Heath Ledger, l’acteur salué il y a deux ans pour son rôle de cow-boy homo dans Le Secret de Brokeback Mountain. Mais au crépuscule de son dernier rôle il s’en est allé, emportant avec lui dans la pénombre le célèbre sourire taillé au couteau.

Cette disparition signe le début d’une légende. En deux rôles, Heath Ledger a redéfini deux grand mythes. L’acteur s’est tout d’abord attaqué à la figure du cow-boy, en faisant de ce symbole de la virilité US, le héros d’un western homosexuel. Puis il a incarné le Joker, qui n’existait plus que par la tête hallucinée de Jack Nicholson. Au lieu de revêtir un masque d’exubérance colorée, comme le fit très bien son prédecesseur, Ledger eut le talent d’illuminer le Joker en noircissant ses traits. Par lui, le clown festif est devenu un fantôme à la mine défaite, le dandy euphorique, un junkie en pleine descente de drogue.

Le jeune Ledger, à la beauté sauvage, au parfum de fureur de vivre, a tout juste eu le temps de briller deux fois en deux rôles qui le maintiendront à jamais au sommet, puisqu’il n’aura pas eu le temps d’en redescendre. Pas le temps ? Ou pas le pouvoir ? Ce que nous incite à penser cette mort survenue quelques mois après la sortie de The Dark Knight, c’est qu’Heath Ledger n’est tout simplement jamais sorti de son dernier rôle. Comme si, en devenant le personnage du Joker, il avait succombé à sa folie.

Et si le mythe doit se définir comme une étrange histoire qui circule et dont le parcours est bordé de rumeurs, Heath Ledger en est un. L’air grave, Jack Nicholson, lui aurait confié qu’il fallait se méfier du Joker : un personnage dangereux, un rôle dont on ne sort pas indemne. Comme si les plus grandes victimes n’étaient pas celles qui se faisaient descendre dans le film à coup de fusil à pompe, mais celles qui se paraient du maquillage dégoulinant de ce terrible clown. La rumeur dit aussi que, retrouvé mort dans son appartement de New York, la plus gothamienne des villes américaines, Heath Ledger souriait.

02.07.2008

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Certaines séquences de films n'ont pas contribué à forger le mythe du septième art mais entretiennent pourtant une part de mythologie. Même si elles n'ont pour ainsi dire jamais marqué de leur empreinte les mémoires de publics en émois, ni même retenues l'attention de la critique cinéphile, elle constituent de véritables petits bijoux réminiscents. Ainsi en est-il pour cet extrait de Total Recall, qui laisse entrevoir notre ancien Mister Univers (aujourd’hui reconverti en gouverneur de Calfornie) grimé en abominable bonne femme. Dès le premier plan, ceux que cette scène aura marqués en son temps (1990), se réjouiront de retrouver la mine grimaçante - et traumatisante, quand on a 8 ans - de cette grosse américaine rousse et permanentée. Et preuve que le mythe se construit pas à pas : un groupe vient d'être fondé sur Facebook en l'honneur de cette magistrale séquence que l'on continue de regarder avec dégout, et avec plaisir.
 
 

20.05.2008

Un été, sous la tentacule

 

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Le tentaculaire Naissance des pieuvres, premier long métrage de Céline Sciamma, revient nous envoûter en DVD. Ce petit bijou sortit discrètement l’année dernière narre la relation triangulaire de trois adolescentes qui se croisent un été dans les vestiaires humide d’une piscine. Marie, jeune-fille rêveuse et silencieuse entretient une amitié cruelle avec Anne, « la grosse », jusqu’au jour ou elle croise la beauté autoritaire de Florianne, pour laquelle elle entretient une sorte de fascination mystique. Florianne, est quant à elle une fille de réputation : elle est la capitaine de son équipe de natation synchronisée, mais elle est aussi, à tort, au yeux de ses copines, « celle qui couche ». Sur le carrelage éclaboussé de la piscine s’éveillent alors les premiers émois sexuels de ces sirènes échouées. Quand on a 15 ans, difficile de définir et de comprendre son désir pour une personne du même sexe. Cette sublime plongée en apnée, dans l’atmosphère moite et chlorée de la piscine, sonde les silences de l’adolescence et ausculte la naissance du désir. Dans un univers sans parents, vibrant au rythme de balais aquatiques sur fond de musique hypnotique, les tentacules se nouent et se dénouent dans le grand bassin de la vie. Et nous de les regarder d’un air médusé.

 

20.03.2008

Freddy Krueger m’a laissé tomber

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Derrière le visage monstrueux de Freddy Krueger, consumé par les flammes et par la haine, c’est bien plus qu’un monstre qui se dessine. C’est un mythe qui se réécrit. Celui du croque-mitaine : cette créature infâme qui hante les nuits des enfants en se dissimulant sous leur lit ou dans la pénombre de leur placard. Pis encore, ce croque-mitaine dont on parle a élu domicile dans leur propre rêve ; une vie paradoxale à laquelle, une fois les yeux fermés, nul ne peut échapper. Il n’est plus la peine d’espérer pouvoir rejoindre en courant la chambre de ses parents, comme il l’eut été possible, en un temps, face aux piètres fantômes en chemise de nuit. Les rêves hantés par Freddy Krueger - comme tout autre rêve - n’ont, hélas, aucune issue. Quand le cauchemar s’installe, il dure jusqu’à ce que la fatigue s’estompe. La seule solution pour échapper à la traque de ce terrible croque-mitaine ? Ne pas dormir et lutter, lutter jusqu’à ce que, malgré vous, tombent vos paupières lourdes de fatigue, et vous enrobe la terrible douceur d’une brume somnifère.

En écrivant ceci, j’exorcise mes peurs d’enfants, bien sûr. Derrière ces quelques phrases se consument les braises encore chaudes d’une terreur de petit garçon, redoutant toujours de sentir au détour d’un rêve éveillé, la main froide aux griffes d’acier, agripper ses frêles chevilles au sortir du lit. Mais le petit garçon, devenu grand, tient surtout à régler ses comptes…  Enfant, j’ai passé trop de nuits à ne pas dormir alors que j’en avais la force, l’envie, les moyens. Mais aujourd’hui, rongé par le cauchemar de la vie active, hanté par les griffes incisives du devoir d’être et de paraître au quotidien, je ne trouve plus le sommeil dont Freddy m’ouvrait autrefois les limbes. Que d’opportunités de sommeil gâchées, laissées à l'époque aux griffes de ce croque-mitaine sans scrupule ! Mais, pire que tout : Freddy m’a laissé tomber, me renvoyant à ma condition d’adulte insomniaque, obnubilé par ses problèmes quotidiens. Si auparavant, je mourais de peur de m’endormir, aujourd’hui, je mourrais pour pouvoir dormir. Mon désir le plus cher : me sacrifier aux griffes du croque-mitaine de mon enfance pour oublier tous les problèmes d’une vie loin de ce jeune âge terrorisé mais, tristement, presque déjà oublié.

 

18.01.2008

Ils vont nous niquer à mort... Enfin, surtout toi.