15.09.2009

Le beau cas de Leica

Image 3.jpg

Que les nostalgiques de l'argentique se consolent. Si Leica est devenu un expert en réflexe numérique, la célèbre entreprise d’optique n’a pas totalement rompue avec l’esprit de la camera obscura. Avec une qualité d’image de 18 millions de pixels, ce nouveau joujou restitue une qualité d’image au plus proche du 35 millimètres d’autrefois.

Image 2.jpg

leica-IIIc-lens.jpgMais au-delà des prouesses technologiques qui parleront aux experts du 8e art numérisé, on saluera l‘élégante simplicité du modèle (M9) prompt à évoquer les plus anciens boîtiers du fabricant (ci-contre le Leica IIIc de 1940) avec leur bande noir en PVC granuleux encadrée de deux parties en Inox brossé. Ne manque plus que le bruit d’une ancestrale pellicule se rembobinant après vingt-quatre poses, pour que tout le charme de la photographie argentique soit à nouveau encapsulé dans cette boîte de Pandore.

Boîte de Pandore à 5000 euros.

19.02.2009

Obey Mania

obeygiant1.jpg

Obey – Shepard  Fairey de son vrai nom – est sorti de la sphère intimiste de l’art de rue pour être projetté au devant de la scène publique, au point product_thumb.jpgd’avoir été l’auteur presque malgré lui de l’affiche la plus célèbre de la campagne de Barack Obama. Quand d’autres équipes de campagne, à d’autres époques, auraient catégoriquement refusé l’exploitation de toute image du présidentiable sans un minutieux contrôle préalable, l’équipe de com du nouveau président, rodée aux techniques de buzz, s’est empressée d’approuver la démarche indépendante de l’artiste, ravie d’être relayée en sous main, sans frais et sur la toile par un discours underground aux accents « cool ».

Obey ne s’était jamais investi pour une personnalité politique et s’était même plutôt fait le chantre d’un discours « anti » d’une tonalité contestataire comme l’y incite sa figure d’artiste de rue dans la lignée d’un Banksy ou d’un Zeus qui tatouent respectivement les murs de Londres et de Paris. Eux, mettent des portes-jartelles à la Reine d’Angleterre ou détournent les plaques d’immatriculation de la police municipale. Obey s’est quant à luiobeybook.png souvent illustré en dénigrant la socéiété de consommation et en dézinguant la politique de W. à travers des codes graphiques révolutionnaires, teintés de rouge soviétique. Qui aurait dit qu’un jour, un artiste d’inspiration coco ferait le portrait officiel-malgré-lui du nouveau président des Etats-Unis ?

L’iconographie alternative que revêtait l’affiche a ses début, s’est d’ailleurs un peu évaporée. Le visage plein d’espoir d’un obama rouge, blanc, bleu, le regard tourné vers l’avenir, peint par un gars de la rue, a été rattrappé par le rêve américain qui en a fait un objet de grande consommation. Quel profil facebook ne l’utilise plus ? Sur quel T-Shisrt ne fut-il pas imprimé ? Combien de gamins ne l’affiche pas dans leur chambre à coté de leurs posters d’artistes de rap préférés ? L’image dessinée est belle et bien sorti du champ confidentiel du street art, pour devenir le nouveau visage de toute l’Amérique. C’est alors que les problèmes ont commencé.

Comme le révèle un passionnant article de Philippe Grangereau parue dans Libération, une photographe de l’Associated Press clame la propriété de l’image dont s’est inspiré l’artiste pour réaliser son collage. Interrogé sur le sujet, Obey a en effet reconnu s’être inspiré d’une photo qu’il avait trouvé sur le Net. On s’est dit alors que la méchante agence de presse allait lui réclammer des sommes pharaoniques en dommages et intérêts et que l’artiste, qui s’était fait le véhicule de cette belle photo incarnant une élection présidentielle historique et le nouveau visage de l’Amérique, se ferait plumer dans sa misérable condition de street artist rebel mais intègre… Le scénario presque déjà écrit ne s’est pourtant par déroulé ainsi

obama2.png

Alors que l’AP proposait un accord a l’amiable plutôt inventif et salutaire – « alimenter un fond de charité destiné a soutenir les photographes de l’AP à travers le monde qui sont victimes de conflits ou de désastres naturels » –, Obey n’ a pas semblé réceptif a la proposition. Le street artist a porté l’affaire devant un tribunal en s’appuyant sur un texte de loi qui autorise une réexploitation « raisonnable » des images soumises à un copyright. Sic. Le beau révolutionnaire qui couvrait les rues de New-York et de Los Angeles de ses affiches anti-système a ainsi tristement révélé son âme plus procédurière que l’institution.

Mais plutot que d’interroger le bien fondé de l’initiative de Shepard Fairey cet incident invite à se poser une question sur la condition du street art, l’art de la rue, l’art de là où est né ce portrait, et sur le moment où le street art devient un art exposé (le portrait est actuellement à l’Institut d’Art Contemporain de Boston), de l’art tout public, voire de l’art de grande consommation… Là ou ce portrait a fini sa course folle. L’art de la rue mâtiné d’esthétique alternative ne semble avoir de sens que dans la rue. A peine révélé au yeux d’une public de masse qui se met à l’idôlatrer au point d’en faire des magnets à coller sur son Frigidaire, il n’a plus ce panache contestataire et rebel que lui donnait son existence sous le manteau. La polémique autour de cette affiche en est la preuve : à peine fut-elle soumise au succès que son intégrité d'oeuvre d'art fut mise en cause. Si elle était resté dasns le carcan des ruelles et des impasses de NY, n’importe quel photographe de l’Associated Press aurait toléré - et se serait même probablement amusé - de cette réappropriation. Dès lors que le street art est exposé, on n'accepte plus ses remixes, ses bricolages et ses emprunts… Dès lors que le street art existe au yeux de tous, il devient soumis aux lois du Copyright. Dès lors que le street art se met à vivre de célébrité, on constate que son auteur qui prônait le changement à travers l'imaginaire de ses affiches, CHANGE également du tout au tout. L’art qui naît dans la rue, souvent à cause des portes fermées des institutions, meurt tristement par son style et dans sa cause, dès lors qu’elles lui sont ouvertes.

1-500x584.jpg

05.12.2008

Dans l'œil du voyeur

Du corps de la femme, il semble qu'on ait malheureusement tout vu aujourd'hui. Plus de vêtements à enlever, plus de mystères à dévoiler, plus de phantasmes a exaucer. Tous les secrètes envies du mâle, jusqu'alors précieusement gardées aux confins de son intimité, semblent avoir  été soigneusement passées en revue dans leur exhaustivité pour être rangées par catégories sur les linéaires des nos vidéoclubs. Il n'y a plus qu'à se servir pour satisfaire une imagination autrefois placée au service du désir. Aux rayons des YouTube revisités, il y en a de toutes les couleurs, de toutes les formes, dans toutes les positions, et ceci, pour tous les goûts. Et pourtant...

Image 16.png

Du corps de la femme, peut-être a-t-on tout vu, mais pas sous tous les angles. Heureusement, certaines photographies se laissent encore 1_Looker_Cover.jpgregarder comme des captures renouvelées d'une nudité qui fut souvent dévoyée. Cet angle de vue, c'est celui du photographe Richard Kern, grand habitué des pages de Vice. Le titre de son dernier ouvrage, Looker, résume bien l'ensemble de sa démarche : en se glissant dans le peau du voyeur, il pose un autre regard sur la nudité féminine. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, sa posture qui laisse présager un œil  pervers, est en fait emprunte d'humanité. Par un léger effet de flou ou par une brindille qui s'est interposée entre le sujet et l'objectif, le corps est à peine rhabillé. Et ce "à peine", qui fait figure de porte à demi fermée, suffit à raviver le désir.

Ci dessous, une séance de shoot filmée.

 

 

25.11.2008

Une petite toilette

Image 1.png

En matière de peinture, Pollock nous avait habitué à un certain sens de l'aléatoire, en projetant sur ses toiles des jets d'acrylique à l'aide de pinceaux et de bouts de bois. Le body painting nous a cependant démontré que nous n'avions pas besoin d'outils différents du corps humain qui se suffit à lui-même pour orchestrer ce type de projection. La démonstration nous en est faite par cette performance ici filmée rappelant au passage que nous sommes tous, d'une certaine manière, artistes au moins une fois par jour.

Zune Paint from Sibling Rivalry on Vimeo

22.09.2008

Merci de ne pas nourrir les oeuvres

38906.jpg

En avril dernier un gigantesque lombric avait percé le sol des galeries flamandes du musée du Louvres pour s’installer à côté des toiles de Rubens. Le responsable de ce parasitage n’était autre que le plus contemporain des artistes flamands, Jan Fabre, déclarant s’être lui-même représenté dans cet « Autoportrait en plus grand verre de terre du monde ». Cinq mois plus tard et à quelques résidences princières de là, le château de Fontainebleau a ouvert les portes de ses fastueux salons à plusieurs exposants du Palais de Tokyo. Parmi ces invités, l’artiste Daniel Firman, choisit d’investir les lieux avec son animal domestique empaillé : un éléphant grandeur nature, tenant en équilibre sur sa trompe dans la bibliothèque boisée de la galerie de Diane. Vient enfin s’ajouter à ce duo d’artistes contemporains portés sur nos amis les bêtes, le déjà culte Jeff Koons qui a ponctué la visite du château de Versailles de quelques animaux disposés ici et là, dont le fameux Lobster, un homard à échelle 400%, pendu les pinces en haut et la tête en bas dans le rougeoyant salon de Mars.

elephant.png

Le geste autant que l’œuvre a une portée artistique, qui puise sa source dans la confrontation des genres. On doute d’ailleurs que le choc des époques puisse encore choquer quelques rétrogrades… Bien que l’on s’amuse à imaginer un personnage s’offusquant de cette « vulgarité ». Non, ce n’est plus possible. Surtout si ces installations ont aujourd’hui plus valeur de divertissement que de provocation. Elles ponctuent agréablement les visites d’irruptions contemporaines qui se laissent aussi bien regarder qu’un clip d’Eminem au milieu d’une émission fleuve de cinq heures sur l’art baroque. On se prendrait même à croire que l’installation est un « animal » nécessaire pour attirer le chaland, vers une histoire désormais trop loin pour qu’on puisse encore spontanément s’y intéresser.

Image 13.png

Mais entendons-nous ! Ce n’est pas parce une installation contemporaine est un divertissement, qu’elle doit passer outre les interprétations : en voici donc une, qui pourra paraître aussi fantasque qu’un homard géant suspendu comme un lustre dans un salon du château de Versailles. Nous remercierons ces trois artistes pour leur œuvre aristotélicienne cernant l’homme dans sa condition d’animal politique sur ces anciens lieux de pouvoir. Par leurs querelles médiatiques, leurs luttes d’ego et leurs « petites phrases » à répétition, les animaux qui nous gouvernent finissent par ne plus ressembler au loup, au lion ou au renard, à l’image du Prince de Machiavel, mais à de vulgaires animaux figés dans l’embarras de lombrics et de crustacés. Il est donc temps de redonner aux lions leurs lettres de noblesses. Artistes contemporains, continuez de faire passer le message. Courez donc installer trônes et baldaquins dans les cages du zoo de Vincennes.