21.08.2008
L'ami Wall-E au tri sélectif
"J'aurais aimé avoir Wall-E comme copain". La remarque est naïve, mais a la mérite de témoigner du pouvoir d'affection de ce compacteur de déchet dernier cri. Elle sera d'ailleurs dans la bouche de nos enfants comme elle fut prononcée par nous 20 ans auparavant, à la sortie de E.T. Difficile en effet de ne pas tomber sous le charme de ce robot sans mâchoire pour articuler « téléphone maison », mais avec une paire d’yeux en forme de jumelles par lesquelles parviennent à passer toutes les émotions. Plaident également en sa faveur, ses deux cordes vocales empruntées à R2D2 et la pantomime faussement maladroite, calquée sur Charlie Chaplin. Et le film ne s'arrête pas là en matière de référence : on saluera ainsi cette demi-heure de quasi-silence qui ouvre le film, à la manière de 2001. S'offre à nous la vision rougeâtre d'une planète en mode post-apocalyptique, ravagée par les déchets au dessus desquels semble planer une violente odeur de contamination chimique. Seul Wall-E, le besogneux curieux, déambule dans cet univers absurde ; un univers laissé à l’abandon par des humains tristement dépeints (obèses et complètement ignares). Car en plus d’être merveilleux, le film est audacieux. Ce qui se présentait comme un innocent film d’animation se révèle également être la caricature sans concession de notre société de consommation. Si Wall-E est seul, c’est parce que la planète a souffert du rendement excessif d’une crapuleuse corporation : Buy n’Large, l’empire de la grande consommation, pourvoyeur de sodas et d’écrans plats.
Mais au fait, quelle est la place de Wall-E dans notre société de consommation qui s’apprête justement à regarder le film sur ses écrans plat en sirotant du soda. La critique a sévi dans les milieux conservateurs d’outre atlantique. Comme le rapporte Libération (article du 30 juillet), un virulent critique de la National Review s’attaque à ce film en forme de pardoxe (écolo mais produit par Disney Pixar). Gregg Pollowitz, ne manque pas ainsi de rappeler que tout ce que souhaite la production donneuse de leçon, « c’est que nous achetions des bibelots Wall-E manufacturés en Chine, par des usines polluantes ». Las des engagements éthiques au parfum de simulacre, la réponse de Pixar séduit par son impertinence. Le film se reconnaît lui-même objet de consommation. Ainsi, le spectateur qui aura eu la patience de rester jusqu’au terme du générique de clôture pourra avoir vu scintiller au milieu des logos Disney et Pixar, apposés en cachet d’authenticité, le fameux logo Bn’L (Buy n’Large), vil symbole de l’industrie destructrice dans le film. Avant même sa sortie, Pixar s’amusait déjà de ce décalage avec un de ses teasers en forme de fausse publicité Bn'L pour un compacteur de déchet révolutionnaire, un certain Wall-E.
Ce que Disney Pixar semble moins assumer en revanche, c’est la discrète imbrication d’Apple dont la placement de produit est assez subtil tout au long du film. Outre l’iPod que possède Wall-E, son amoureuse, Eve, aux élégantes courbes émaillées n’est pas sans rappeler la gueule
immaculée des laptops produits par la compagnie à la pomme. A son démarrage retentit d’ailleurs le signal de l’iMac comme une note diffuse et évanescente. Il suffit une nouvelle fois d’attendre le très fructueux générique, pour avoir confirmation qu’un dénommé Steve Jobs est dans le coup. La fable écolo anti-conso ne perd-elle pas de son crédit en ouvrant les portes de sa galaxie à un tel géant du marketing ? Allons… Fermons les yeux sur cette intrusion et imaginons Wall-E qui nous tient la main. Car Wall-E c’est notre copain.
22:35 Publié dans Cinematik | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : wall-e, pixar, disney, apple, bnl





Commentaires
Granted E.T. a brilliant classic!
And Short Circuit: Just few years after the “phone home” generation, Johnny 5 was introduced to the big screen (Wall- E’s big brother?) charming us all with his human feelings and emotions and at the same time breaking our hearts when villains reduced him to pieces.
Oh! And thanks Wall-E for refreshing my memories with the “Igloo” red ice pack with which I have enjoyed many picnics in my back garden.
Create your own robot from the official Wall-E web page.
Quite funny!
Ecrit par : LNA | 07.08.2008
bravo pr avoir cerné ds une plume vmt agréable à lire les enjeux de cette grosse prod
Ecrit par : el | 07.08.2008
ton article m'a donné envie d'aller voir le film
Ecrit par : avknb | 07.08.2008
Salut logicien du mytho...
Bel article, maintenant j'ai envie d'aller voir le film avec une pancarte contre la mondialisation dans la main droite et un paquet de pop corn dans l'autre.
ciao
Ecrit par : Romain Fayol | 09.08.2008
1. La société humaine est maintenant une société de pure consommation. Elle ne fait plus attention aux choses et aux personnes qui les entourent. 2. L'homme a pour "vocation" de détruire la planète et essaie toujours de trouver des solutions qui ne sont pas toujours les bonnes. 3. Dépendance de l'homme à la machine jusqu'à ne plus rien faire ou savoir faire.
D'après les critiques de la presse, les réalisateurs du film n'ont même pas pensé ou n'ont pas voulu montrer la perdition de l'humanité.
A quand un mélange entre IRobot, Terminator et Wall E.
Max
Ecrit par : maxoubellou | 20.08.2008
Ca ne m'étonne que tu cites libé ;) surprends moi! cite moi le figaro par ex!
Moi j'ai bien aimé le film, sauf l'optique où le futur de la race humaine se confinerait à des américains obèses (de base?) et ignares comme tu dis (pour changer?)...en oubliant manifestement les chinois :)
Wall E est d'autant plus touchant dans ce film qu'il est plus humain que les humains : un prince charmant rouillé?
Ecrit par : julie-anne et laure | 22.08.2008
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