20.05.2008
Un été, sous la tentacule

Le tentaculaire Naissance des pieuvres, premier long métrage de Céline Sciamma, revient nous envoûter en DVD. Ce petit bijou sortit discrètement l’année dernière narre la relation triangulaire de trois adolescentes qui se croisent un été dans les vestiaires humide d’une piscine. Marie, jeune-fille rêveuse et silencieuse entretient une amitié cruelle avec Anne, « la grosse », jusqu’au jour ou elle croise la beauté autoritaire de Florianne, pour laquelle elle entretient une sorte de fascination mystique. Florianne, est quant à elle une fille de réputation : elle est la capitaine de son équipe de natation synchronisée, mais elle est aussi, à tort, au yeux de ses copines, « celle qui couche ». Sur le carrelage éclaboussé de la piscine s’éveillent alors les premiers émois sexuels de ces sirènes échouées. Quand on a 15 ans, difficile de définir et de comprendre son désir pour une personne du même sexe. Cette sublime plongée en apnée, dans l’atmosphère moite et chlorée de la piscine, sonde les silences de l’adolescence et ausculte la naissance du désir. Dans un univers sans parents, vibrant au rythme de balais aquatiques sur fond de musique hypnotique, les tentacules se nouent et se dénouent dans le grand bassin de la vie. Et nous de les regarder d’un air médusé.
11:09 Publié dans Cinematik | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : naissance des pieuvres, celine sciamma, pauline acquart, louise blachere, adele haenel




Commentaires
Ah, les premiers émois du désir féminin…la transition ultime où une fille naît à sa féminité. Où elle découvre tout en même temps son désir, son pouvoir de séduction et les façons de s’en servir. Bien des auteurs ont tentés de dépeindre cette phase mystérieuse entre le soleil et la lune. Tantôt déflorée comme dans Les liaisons dangereuses. Tantôt manipulatrice comme dans L’amant. Ou bien virginale à la Marie-Antoinette se séparant des attributs autrichiens pour découvrir son français de roi. Au cinéma, en livre, en peinture, en sculture, en chanson, la jeune fille en quête de plaisir fascine. L’indécence d’une sexualité juvénile, presque pédophile, spontanée, maladroite et pourtant volontaire nous plonge dans nos propres questionnements sexuels. Un peu à la façon d’un Short Bus, qui nous rebute par son réalisme et nous intrigue par son honnêteté, l’image d’une sexualité florissante a véritablement le pouvoir de bousculer nos habitudes, nos conformismes et nos mutismes sexuels. C’est donc bien là un mythe que cette jeune fille à la découverte de ses sens puisque, bien qu’on l’ait tous cachée dans un coin de notre tête, elle garde malgré tout le pouvoir de nous ébouriffer...
Ecrit par : Alex | 22.05.2008
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