« Partie de cache-cache | Page d'accueil | Violence déambulatoire »
05.05.2008
Que Justice soit faite
Après avoir fréquenté les Tunning Meetings des parkings du Nord-Pas-de-Calais pour le clip de DJ Mehdi, Romain Gavras, réalisateur du collectif Kourtrajmé, signe un second clip pour le label Ed Banger et son duo fétiche : Justice. Finies les animations typographiques fluorescentes qui prenaient vie sur les t-shirts de Dance. Conformément à l’ambiance un brin glauque qui caractérise le style Gavras et sa manière de filmer des faits sociaux de manière quasi-chirurgicale, l’ambiance est un peu moins festive et autrement plus angoissante.
Fidèle au titre de la chanson – « Stress » – dont le rythme effréné aurait tendance à faire quadrupler les pulsations cardiaques d’un quidam sur le dancefloor, Romain Gavras place le spectateur dans une atmosphère sous haute tension. Caméra au poing, vibrant au rythme d’un sprint tracé dans les couloirs du RER, le réalisateur suit la déambulation ultra-violente de huit lascars. Des HLM d’une cité aussi grise que le ciel qui la couvre, jusqu’aux marches bénies du Sacré-Cœur, les huit mercenaires, matraques et bombes de peintures à la main, sèment la terreur sur leur passage. Une terreur brute, gratuite, haineuse, à faire pâlir n’importe quel bourgeois-intra-muros.
Que doit-on voir en filigrane de ce crescendo de violences montré par un réalisateur déjà controversé ? Il semble qu’il n’y ait aucune dénonciation à l’œuvre dans ces images. Elles ne font allusion à aucun système social mal goupillé, aucun contexte politique tordu, aucun événement annexe prompt à la révolution (contrairement à La Haine de M. Kassovitz, à laquelle on ne peut s’empêcher de penser). Leur force d’impact vient de leur gratuité : Justice et Gavras, ont cherché l’électrochoc pur et simple.
On ne peut cependant s’empêcher de voir au travers de ses huit semeurs de trouble, une allégorie renvoyant vers un autre âge. Celui des croisades, où sous couverts de sainteté, de piètres chevaliers, mettaient à sac de paisibles villes, pillaient leur richesse, violaient les femmes et tuaient les enfants. Ces jeunes sont-ils les croisés des temps modernes qui, au nom d’une croix signifiant « Justice », portée au dos de leur blouson de cuir (au lieu des bannières des chevaliers) dépassent les frontières du périphérique comme s’ils prenaient d’assaut les murs de Constantinople ?
On pourra se plaindre d’une telle violence. Mais derrière l’électrochoc, renaît la créativité. Quelle créativité ? Celle qui, au-delà de toute question de goût et d'interprétation, unit deux djs et un réalisateur encore en mesure de susciter par leur oeuvre commune, la controverse, le débat, la passion. C’est parce que cette vidéo, qui est autant le dernier clip de Justice qu’un court-métrage de Romain Gavras, sent le gaz d’échappement, qu’elle est aussi un immense bol d’air.
Fidèle au titre de la chanson – « Stress » – dont le rythme effréné aurait tendance à faire quadrupler les pulsations cardiaques d’un quidam sur le dancefloor, Romain Gavras place le spectateur dans une atmosphère sous haute tension. Caméra au poing, vibrant au rythme d’un sprint tracé dans les couloirs du RER, le réalisateur suit la déambulation ultra-violente de huit lascars. Des HLM d’une cité aussi grise que le ciel qui la couvre, jusqu’aux marches bénies du Sacré-Cœur, les huit mercenaires, matraques et bombes de peintures à la main, sèment la terreur sur leur passage. Une terreur brute, gratuite, haineuse, à faire pâlir n’importe quel bourgeois-intra-muros.
Que doit-on voir en filigrane de ce crescendo de violences montré par un réalisateur déjà controversé ? Il semble qu’il n’y ait aucune dénonciation à l’œuvre dans ces images. Elles ne font allusion à aucun système social mal goupillé, aucun contexte politique tordu, aucun événement annexe prompt à la révolution (contrairement à La Haine de M. Kassovitz, à laquelle on ne peut s’empêcher de penser). Leur force d’impact vient de leur gratuité : Justice et Gavras, ont cherché l’électrochoc pur et simple.
On ne peut cependant s’empêcher de voir au travers de ses huit semeurs de trouble, une allégorie renvoyant vers un autre âge. Celui des croisades, où sous couverts de sainteté, de piètres chevaliers, mettaient à sac de paisibles villes, pillaient leur richesse, violaient les femmes et tuaient les enfants. Ces jeunes sont-ils les croisés des temps modernes qui, au nom d’une croix signifiant « Justice », portée au dos de leur blouson de cuir (au lieu des bannières des chevaliers) dépassent les frontières du périphérique comme s’ils prenaient d’assaut les murs de Constantinople ?On pourra se plaindre d’une telle violence. Mais derrière l’électrochoc, renaît la créativité. Quelle créativité ? Celle qui, au-delà de toute question de goût et d'interprétation, unit deux djs et un réalisateur encore en mesure de susciter par leur oeuvre commune, la controverse, le débat, la passion. C’est parce que cette vidéo, qui est autant le dernier clip de Justice qu’un court-métrage de Romain Gavras, sent le gaz d’échappement, qu’elle est aussi un immense bol d’air.
13:32 Publié dans Muzik | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : justice, stress, ed banger, clip, kourtrajmé, romain, gavras




Commentaires
"On pourra se plaindre d’une telle violence. Mais derrière l’électrochoc, renaît la créativité. C’est parce que cette vidéo, qui est autant le dernier clip de Justice, qu’un court-métrage de Romain Gavras, sent le gaz d’échappement qu’elle est aussi un immense bol d’air."
ah bon ??! lol ! et pourquoi ? je crois qu'il faut débattre sur ce que "créativité" signifie…
cette conclusion facile qui mène a rien, bravo ! vous savez que la conclusion est tiré directement du développement et non des paroles en l'air pour faire jolie et boucler un article à la va-vite ?
Ecrit par : glauktier | 05.05.2008
J'ignorais que la violence pouvait être un bol d'air. Enfin, peut-être pour celui qui l'a commet, mais probablement pas pour ceux qui la subissent, que ce soit en réel ou par vidéo interposée.
Pour autant, la tristesse du propos est que ce type de scènes arrive de temps en temps, dans certaines banlieues où la seule activité consiste à empêcher les murs de s'écrouler, et où la seule perspective sociale est celle... Ah non, il n'y a aucune perspective sociale. D'où ce déchaînement de haine contre ceux qui en ont.
D'un point de vue artistique, l'image est lisse, l'effet recherché atteint. Mais on peut regretter que la musique soit relayée au second plan, quelques fois même totalement couverte par les sons issus du clip. Car, après tout, le clip et la chanson ne devraient faire qu'un, et créer du stress (les deux éléments pris séparément y parviennent parfaitement), au lieu de créer de la gêne auditive. Quant à toutes les explications sur les symboles utilisés (les croisés ? Et pourquoi pas les évangélistes ?), elles ne servent qu'à justifier une démarche dure, proche de la Haine. Le message en moins.
Reste un sentiment de malaise à la fin des 6 minutes 46... Justice, c'est un groupe pour le fun, non ? Danser, s'éclater, s'amuser. Pas stresser !
Ecrit par : Ludovic Bu | 05.05.2008
LE dernier clip de Justice ou, comment faire parler de soit?
Petite recette: jouer sur un sujet sensible cassant l'image de bourgeois sapé qu'ils ont, ajouter quelques symboles qui n'en sont pas pour faire parler les analystes et faire monter le buzz autour de ce clip.
Démarche artistique ou démarche publicitaire? les deux se frôlent carrément ici. La musique reste dans l'esprit electro mais casse l'esprit festif en fournissant un arrêt cardiaque musical et le clip, en grand rapport avec la musique ne donne l'impression que d'être une fausse propagande d'un grand n'importe quoi que ce soit l'intention ou non, c'est le ressenti qui compte.
En tout cas chapeau pour l'idée à l'origine, reprendre un "orange mécanique" modernisé sans pour autant aller jusqu'au bout en utilisant uniquement l'ambiance groupe de jeune en violence ayant fait polémique. Qui sait? ca donnera peut être des idées à certains et surtout ça ouvre le public paris parisien branché électroniquement fringué et permet des entrées d'argent et des visionnages sur mtv. Tu me diras ca permettra au moins de rentabiliser les frais de la perche micro qui coutait ptet même plus cher que la voiture brûlée :)
Mais bien entendu l'ironie atteint son paroxysme quand on sait que les belles soirées que Justice fréquentent, la bière à 10euros, ne sera jamais accessible pour tous.
Bref moralité, il faut se méfier des types avec des croix dans le dos, c'est des bad boys!
A oui, et j'espère que les jeunes du clip ont été biens payés compte tenu des sommes qu'ils vont engendrer juste par leur image... Et Quelle image!
Ecrit par : yaya | 05.05.2008
Ce clip tue...
signatunes défonçait en stigmatisant des chtis tuning man (et ça n'a géné personne).
Là c'est gratuit, certes, mais ça tue et c'est le but. Kourtrajmé l'a fait avec dimitriu le roumain et ça marchait, là peut être que le côté "pas de chute drôle" laisse penser qu'ils se prennent au sèrieux, mais j'pense pas, la musique,qui pour moi est beaucoup moins bien que le clip, est trop "sèrieuse" pour une chute "sympa".
En tout cas, si on serre le cul dès qu'un mec va faire des belles images avec de la violence, du charisme à la française même "romancé"...On va se retrouver qu'avec des vidéos ou films tout pétés où personne n'est "lésé".
Et on va se regarder la violence américaine en kiffant...
C'est juste mon avis.
Ecrit par : Reupiè | 06.05.2008
Glauktier,
Merci pour votre commentaire. Je reconnais la nature un peu hâtive de ma conclusion, et surtout la grande possibilité d'interprétations du mot "créativité". Je voulais en effet évoquer, par l'emploi du terme créativité une production artistique qui au-delà de toute question d'interprétation tout jugement de goût, proposait une expérience nouvelle, fruit du travail de musiciens et d'un cinéaste, qui sont parvenus à générer le débat, la controverse... une grande mobilisation en somme. Je m'en vais apporter dès maintenant ces quelques précisions, que je vous dois.
Ludovic,
Merci également pour tous vos commentaires. Sur la question des croisés (et non des évangélistes)... Cela peut en effet paraître extravagant. Mais sachez que cette interprétation s'inscrit dans la ligne éditoriale du blog qui, comme vous pouvez le lire dans son "à propos", se fait fier de décrypter "les mythologies" présentes dans différents faits culturels.
yaya,
je reconnais bien là votre éloquence.
Ecrit par : MythologiK | 06.05.2008
Au dela de toute analyses-guirlandes philosophico-intello-bobo sur le bien fondé artistique de ce clip je vous propose de regarder la réaction de Mme Michu :
http://www.youtube.com/watch?v=Zav6IxEDvm4
Ecrit par : Julien Dupond | 06.05.2008
Ecrire un commentaire