« 2008-02 | Page d'accueil | 2008-04 »

27.03.2008

At first sight

Avez-vous remarqué comme le contenu d'un œuvre artistique représente parfois, trait pour trait et au-delà de toute entreprise d'auto-portrait, le visage de son auteur ; comme le dessin d’un clair de lune perçant la brume, se conforme aux traits pensifs et nostalgiques de Friedrich ; comme les detours sinueux d’une vidéo lynchéenne se meuvent dans la coupe de cheveux de son réalisateur… Et je serais prêt à parier que la corpulence d’un peintre anonyme de l’école flamande se conforme parfaitement à la nature morte d’une table de réception généreusement dressée, chargée de plateaux de sangliers en sauce chasseur. Enfin, cela vaut aussi pour la musique, comme l’illustre la photo de cette jeune citadine américaine fraîchement débarquée à Paris et dont les yeux amandes laissent encore transparaître les assauts lumineux des stroboscopes au cours de la nuit passée. Écoutez comme son mix lui ressemble...
 
podcast
75e8c623d5ee1b87c23e845c3cd99649.png

 

20:23 Publié dans Muzik | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : uffie

24.03.2008

Un truc de Malade

230813546.jpg

Stephen King aurait pu l'écrire, Cronenberg le dessiner. Black Hole est à ce titre un monument de la "graphic novel" américaine. S'y reflète la déroute adolescente à travers les thèmes de la sexualité, de la maladie, du rejet radical de l'autre. Ces malaises qui, par honte ou par aveuglement, se trament d'habitude en silence dans le trou noir de la censure sociale sont  ici éxhumés et rendus monstrueusement visibles par Charles Burns. Les curieuses excroissances qui germent sur les corps de ces ado malades suscitent, à chaque page, le même dégout et la même question : "Ai-je envie de continuer cette histoire, profondément malsaine?". Ce volume encyclopédique de la bande dessinée fascine en dépit du malaise psychologiquement transmissible qui suinte de l'encre noire de Charles Burns. Impossible donc de résister à l'atmosphère lugubro-langoureuse de Black Hole, dont l'horrible maladie semble contagieuse. Définitivement marquant.

21.03.2008

NIKEiD : véhicule d'identité

En 2005 naissait en France le concept NIKEiD. Une initiative plutôt sympa de la part de la célèbre virgule, qui décidait de ne plus imposer sa griffe sur tous ses modèles, pour laisser une marge de manœuvre créative aux porteurs de baskets. C'était alors une vraie rupture pour la marque de pompes mondialisée : était transféré au porteur de Nike, le pouvoir créatif de sa propre paire de basket.

Trois ans plus tard, cette vidéo NIKEiD nous emmène au Japon, où la firme vient de sortir une nouvelle pompe de running : la Jasari, exclusivement disponible sur la plateforme web de customisation. Ce qui interpelle dans cette opération de lancement « virale », c’est la force avec laquelle la marque a su communiquer le bénéfice d’une telle paire de basket. Pour vendre un modèle de chaussures de sport identitaire, Nike s’est tout simplement approprié le média le plus identiataire qui  soit :    le blog !

Encore fallait-il parvenir à séduire le blogger buté, pour qu’il accepte de devenir le véhicule d’une publicité gratuite. La contrepartie promise par Nike ? Non seulement un film sympa au niveau du contenu qui anime le blog à travers un déploiement de couleurs chatoyantes, mais surtout, une offre de visibilité démultipliée. Chaque blog ayant posté le film devient le maillon d’un chaine de milliers de blogs connectés. L’Internaute entamant le visionage de la vidéo est ainsi conduit, au terme de 10 secondes de film, sur « le blog-maillon » suivant pour y découvrir la suite de l’épisode… Après un voyage long de trois visites, il est automatiquement transféré sur le  site officiel de l’opération. Le plus simple pour comprendre est d’en faire l’expérience… Cliquez… Mais n’oubliez surtout pas de revenir !

 

20.03.2008

Freddy Krueger m’a laissé tomber

265723652.jpg
 
Derrière le visage monstrueux de Freddy Krueger, consumé par les flammes et par la haine, c’est bien plus qu’un monstre qui se dessine. C’est un mythe qui se réécrit. Celui du croque-mitaine : cette créature infâme qui hante les nuits des enfants en se dissimulant sous leur lit ou dans la pénombre de leur placard. Pis encore, ce croque-mitaine dont on parle a élu domicile dans leur propre rêve ; une vie paradoxale à laquelle, une fois les yeux fermés, nul ne peut échapper. Il n’est plus la peine d’espérer pouvoir rejoindre en courant la chambre de ses parents, comme il l’eut été possible, en un temps, face aux piètres fantômes en chemise de nuit. Les rêves hantés par Freddy Krueger - comme tout autre rêve - n’ont, hélas, aucune issue. Quand le cauchemar s’installe, il dure jusqu’à ce que la fatigue s’estompe. La seule solution pour échapper à la traque de ce terrible croque-mitaine ? Ne pas dormir et lutter, lutter jusqu’à ce que, malgré vous, tombent vos paupières lourdes de fatigue, et vous enrobe la terrible douceur d’une brume somnifère.

En écrivant ceci, j’exorcise mes peurs d’enfants, bien sûr. Derrière ces quelques phrases se consument les braises encore chaudes d’une terreur de petit garçon, redoutant toujours de sentir au détour d’un rêve éveillé, la main froide aux griffes d’acier, agripper ses frêles chevilles au sortir du lit. Mais le petit garçon, devenu grand, tient surtout à régler ses comptes…  Enfant, j’ai passé trop de nuits à ne pas dormir alors que j’en avais la force, l’envie, les moyens. Mais aujourd’hui, rongé par le cauchemar de la vie active, hanté par les griffes incisives du devoir d’être et de paraître au quotidien, je ne trouve plus le sommeil dont Freddy m’ouvrait autrefois les limbes. Que d’opportunités de sommeil gâchées, laissées à l'époque aux griffes de ce croque-mitaine sans scrupule ! Mais, pire que tout : Freddy m’a laissé tomber, me renvoyant à ma condition d’adulte insomniaque, obnubilé par ses problèmes quotidiens. Si auparavant, je mourais de peur de m’endormir, aujourd’hui, je mourrais pour pouvoir dormir. Mon désir le plus cher : me sacrifier aux griffes du croque-mitaine de mon enfance pour oublier tous les problèmes d’une vie loin de ce jeune âge terrorisé mais, tristement, presque déjà oublié.

 

Toutes les notes