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29.02.2008

iconique.net : entre images et usages

Les mots contiennent de belles images et les images tiennent de longs discours. Pour s'abrever des uns et des autres, des autres dans les uns, iconique.net est une source à consulter. En plus des analyses de logos, pubs, images de ce "discret iconophile", comme l'auteur se surnomme lui-même, on saluera la très originale production de contenu sur le contenant...  Ce site Internet voit en effet son parcours de lecture balisé par de nombreuses explications pédagogiques sur ses usages.

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08.02.2008

Plongé dans "La Société de consommation"

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C’est un homme. Les fines lignes noires et cisaillantes du texte nous le disent, agissant en surimpression comme cachet de bonne foi, garant de l’authenticité de la bête qui nous est présentée. Sa barbe en atteste également, tout comme la platitude de son torse et les veines qui strient ses mains. Nous noterons toutefois que la première capitale du mot est légèrement plus prononcée, comme pour marquer, par un effet de majuscule, le caractère générique du terme employé. Il s’agit moins « d’un » homme en particulier , que « de l’homme » de sexe masculin dans son acceptation la plus large ; d’une définition du mâle contemporain, en somme.

Pour le représenter l’annonce n’a  pas choisi une foule d’individus hétérogènes – « united » – mais bien au contraire, un seul homme, torse nu, avec pour seul attirail un jean et un livre. La simplicité est de rigueur dans cette photographie : pas de masse populaire assurant la représentation d’une pluralité d’individus, ni de liesse colorée abolissant les différences pour souder l’humanité dans le magma d’un melting pot fédérateur : un homme seul, blanc sur fond blanc, érigé en symbole du mâle contemporain.

Le voici donc, dans sa neutralité évanescente, comme sur la page blanche d’un dictionnaire illustré, l’homme contemporain : il porte une toile de denim à peine délavée, sculptant délicatement ses hanches, prolongée de légères traces de bronzage à peine visibles, signe d’un maillot de bain qui, sous le soleil de l’été passé, fut remonté trop près du nombril. Il a, semble-t-il, préféré se raser le torse plutôt que la barbe et surveillé sa ligne plutôt que ses abdominos. Sur son corps lisse aux discrets reflets d’airain, il s’est minutieusement étalé la graisse bienfaitrice d’une crème revitalisante fonctionnant comme une fine couche de verni sur ses pectoraux de statue de cire.

L’homme tient La Société de consommation entre ses mains. L’ouvrage qu’il consulte est-il son mode d’emploi – recueille de précieux conseils balisant son accès ? Ou est-il le parfait méthodologique de sa critique – une mise en garde illustrée d’un compte-rendu d’exploration distanciée ? Est-il finalement une manière de la vivre ou de l’affronter ? Peut-être se le demande-t-il. Son regard est, quoi qu’il en soit, emprunt d’un sursaut de conscience stupéfait. Il s’est extrait de sa lecture comme pour vérifier, par-delà la photographie qui l’encapsule, si ce que dit le contenu de l’ouvrage est bien vrai. Il lit dans nos yeux d’observant ce qu’il a probablement déjà lu au fil des lignes de ce texte. Son regard devient à la fois une symétrie et une défiance. Frontal, il nous fait face, miroir de notre image d’individus plongés, les yeux grand ouvert, dans le bassin de la société de consommation. Réfléchi, il s’adresse à nous,  comme pour nous inviter à challenger cette société.
 
L'homme est ainsi. Plongé. Tant dans la société que dans le livre. Après avoir longuement erré, l’œil égaré dans les méandres de la société de consommation, il prend conscience de son état de particule, indivisible de cette société. Il s’intéresse dès lors à sa critique, en fait son livre de chevet, son discours aux accents dénonciateurs, sans pour autant se déshabiller de son blue-jean ni se débarasser de sa crème de beauté. Nous sommes finalement comme cet anonyme au regard fixe qui, après avoir fait les soldes aux Galeries Lafayette, se fait sincèrement le prêcheur de la bonne parole : bras levés, mains jointes en support respectueux d’une nouvelle bible anti-libérale, comme un bon pasteur levant le reccueil des saintes écritures et demandant à l’assemblée d’acclamer la nouvelle parole révolutionnaire. Il aurait pu travailler dans la publicité tout en lui crachant dessus, que nous n’aurions pas été surpris.

 

07.02.2008

L'abbé Pierre, Sainte Icône

5eac7b9ed8d69b7ead5542d7033a770b.jpgAlors que l'on commémorait hier la mort du fondateur d'Emmaus disparu il y a un an, voici l’occasion de rappeler simultanément à nos souvenirs la fine "Iconographie de l'abbé Pierre" à laquelle se livrait Roland Barthes dans ses Mythologies. Au coeur de notre recueillement, où s’imprime la figure émaciée de l’ecclésiastique à la voix tremblotante, relisons la prose du sémiologue... Sa divine plume croquait ainsi le portrait du Saint homme :
 
« Le mythe de l'abbé Pierre dispose d'un atout précieux : la tête de l'abbé. C'est une belle tête, qui présente clairement tous les signes de l'apostolat : le regard bon, la coupe franciscaine, la barbe missionnaire, tout cela complété par la canadienne du prêtre-ouvrier et la canne du pèlerin. Ainsi sont réunis les chiffres de la légende et ceux de la modernité.
(…)
La coupe de l'abbé Pierre, conçue visiblement pour atteindre un équilibre neutre entre le cheveu court (convention indispensable pour ne pas se faire remarquer) et le cheveu négligé (état propre à manifester le mépris des autres conventions) rejoint ainsi l'archétype capillaire de la sainteté : le saint est avant tout un être sans contexte formel ; l'idée de mode est antipathique à l'idée de sainteté."
(…)
Mais il faut bien constater que la barbe ecclésiastique a elle aussi sa petite mythologie. On n'est point barbu au hasard, parmi les prêtres ; la barbe y est surtout attribut missionnaire ou capucin, elle ne peut faire autrement que de signifier apostolat et pauvreté ; elle abstrait un peu son porteur du clergé séculier : les prêtres glabres sont censés plus temporels, les barbus plus évangéliques : l'horrible Frolo était rasé, le bon Père de Foucauld barbu ; derrière la barbe, on appartient un peu moins à son évêque, à la hiérarchie, à l'Église politique ; on semble plus libre, un peu franc-tireur, en un mot plus primitif, bénéficiant du prestige des premiers solitaires, disposant de la rude franchise des fondateurs du monachisme, dépositaires de l'esprit contre la lettre : porter la barbe, c'est explorer d'un même cœur la Zone, la Britonnie ou le Nyassaland. »
 
Et nous nous arrêterons sur cette dernière leçon de sémiologie proférée par l’auteur. Constatant l’effort d’apparence simple et neutre de l’abbé, Barthes résume en une phrase le sens de cette image et, dans le même temps, le sens de sa discipline :
 
"(…) où les choses se compliquent — à l'insu de l'abbé, il faut le souhaiter — c'est qu'ici comme ailleurs, la neutralité finit par fonctionner comme signe de la neutralité, et si l'on voulait vraiment passer inaperçu, tout serait à recommencer."
 

01.02.2008

Homosemiotikus : MythologiK à sa manière

Qui se cache derrière le mythe Homosemiotikus ? Un collègue et ami observant "la com 2.0" d'un point de vue sémio. Outre ses brillantes analyses, on saluera l'humour décapant de ses humeurs passagères :

"(...) pourquoi est-il est plus facile de passer pour un idiot lorsque l’on discute avec un idiot que lorsque l’on discute avec une personne sensée et cultivée (...) ?" 
 
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