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08.02.2008
Plongé dans "La Société de consommation"
C’est un homme. Les fines lignes noires et cisaillantes du texte nous le disent, agissant en surimpression comme cachet de bonne foi, garant de l’authenticité de la bête qui nous est présentée. Sa barbe en atteste également, tout comme la platitude de son torse et les veines qui strient ses mains. Nous noterons toutefois que la première capitale du mot est légèrement plus prononcée, comme pour marquer, par un effet de majuscule, le caractère générique du terme employé. Il s’agit moins « d’un » homme en particulier , que « de l’homme » de sexe masculin dans son acceptation la plus large ; d’une définition du mâle contemporain, en somme.
Pour le représenter l’annonce n’a pas choisi une foule d’individus hétérogènes – « united » – mais bien au contraire, un seul homme, torse nu, avec pour seul attirail un jean et un livre. La simplicité est de rigueur dans cette photographie : pas de masse populaire assurant la représentation d’une pluralité d’individus, ni de liesse colorée abolissant les différences pour souder l’humanité dans le magma d’un melting pot fédérateur : un homme seul, blanc sur fond blanc, érigé en symbole du mâle contemporain.
Le voici donc, dans sa neutralité évanescente, comme sur la page blanche d’un dictionnaire illustré, l’homme contemporain : il porte une toile de denim à peine délavée, sculptant délicatement ses hanches, prolongée de légères traces de bronzage à peine visibles, signe d’un maillot de bain qui, sous le soleil de l’été passé, fut remonté trop près du nombril. Il a, semble-t-il, préféré se raser le torse plutôt que la barbe et surveillé sa ligne plutôt que ses abdominos. Sur son corps lisse aux discrets reflets d’airain, il s’est minutieusement étalé la graisse bienfaitrice d’une crème revitalisante fonctionnant comme une fine couche de verni sur ses pectoraux de statue de cire.
L’homme tient La Société de consommation entre ses mains. L’ouvrage qu’il consulte est-il son mode d’emploi – recueille de précieux conseils balisant son accès ? Ou est-il le parfait méthodologique de sa critique – une mise en garde illustrée d’un compte-rendu d’exploration distanciée ? Est-il finalement une manière de la vivre ou de l’affronter ? Peut-être se le demande-t-il. Son regard est, quoi qu’il en soit, emprunt d’un sursaut de conscience stupéfait. Il s’est extrait de sa lecture comme pour vérifier, par-delà la photographie qui l’encapsule, si ce que dit le contenu de l’ouvrage est bien vrai. Il lit dans nos yeux d’observant ce qu’il a probablement déjà lu au fil des lignes de ce texte. Son regard devient à la fois une symétrie et une défiance. Frontal, il nous fait face, miroir de notre image d’individus plongés, les yeux grand ouvert, dans le bassin de la société de consommation. Réfléchi, il s’adresse à nous, comme pour nous inviter à challenger cette société.
Pour le représenter l’annonce n’a pas choisi une foule d’individus hétérogènes – « united » – mais bien au contraire, un seul homme, torse nu, avec pour seul attirail un jean et un livre. La simplicité est de rigueur dans cette photographie : pas de masse populaire assurant la représentation d’une pluralité d’individus, ni de liesse colorée abolissant les différences pour souder l’humanité dans le magma d’un melting pot fédérateur : un homme seul, blanc sur fond blanc, érigé en symbole du mâle contemporain.
Le voici donc, dans sa neutralité évanescente, comme sur la page blanche d’un dictionnaire illustré, l’homme contemporain : il porte une toile de denim à peine délavée, sculptant délicatement ses hanches, prolongée de légères traces de bronzage à peine visibles, signe d’un maillot de bain qui, sous le soleil de l’été passé, fut remonté trop près du nombril. Il a, semble-t-il, préféré se raser le torse plutôt que la barbe et surveillé sa ligne plutôt que ses abdominos. Sur son corps lisse aux discrets reflets d’airain, il s’est minutieusement étalé la graisse bienfaitrice d’une crème revitalisante fonctionnant comme une fine couche de verni sur ses pectoraux de statue de cire.
L’homme tient La Société de consommation entre ses mains. L’ouvrage qu’il consulte est-il son mode d’emploi – recueille de précieux conseils balisant son accès ? Ou est-il le parfait méthodologique de sa critique – une mise en garde illustrée d’un compte-rendu d’exploration distanciée ? Est-il finalement une manière de la vivre ou de l’affronter ? Peut-être se le demande-t-il. Son regard est, quoi qu’il en soit, emprunt d’un sursaut de conscience stupéfait. Il s’est extrait de sa lecture comme pour vérifier, par-delà la photographie qui l’encapsule, si ce que dit le contenu de l’ouvrage est bien vrai. Il lit dans nos yeux d’observant ce qu’il a probablement déjà lu au fil des lignes de ce texte. Son regard devient à la fois une symétrie et une défiance. Frontal, il nous fait face, miroir de notre image d’individus plongés, les yeux grand ouvert, dans le bassin de la société de consommation. Réfléchi, il s’adresse à nous, comme pour nous inviter à challenger cette société.
L'homme est ainsi. Plongé. Tant dans la société que dans le livre. Après avoir longuement erré, l’œil égaré dans les méandres de la société de consommation, il prend conscience de son état de particule, indivisible de cette société. Il s’intéresse dès lors à sa critique, en fait son livre de chevet, son discours aux accents dénonciateurs, sans pour autant se déshabiller de son blue-jean ni se débarasser de sa crème de beauté. Nous sommes finalement comme cet anonyme au regard fixe qui, après avoir fait les soldes aux Galeries Lafayette, se fait sincèrement le prêcheur de la bonne parole : bras levés, mains jointes en support respectueux d’une nouvelle bible anti-libérale, comme un bon pasteur levant le reccueil des saintes écritures et demandant à l’assemblée d’acclamer la nouvelle parole révolutionnaire. Il aurait pu travailler dans la publicité tout en lui crachant dessus, que nous n’aurions pas été surpris.
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