06.06.2008

United States of Obama

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L'Oeil de Willem, Libération, 06/06/08

 

Ormis Jack Bauer, qui eût pu croire qu'un noir serait dans les starting blocks pour un poste de Président à la Maison Blanche ? Même en rêve, Martin Luther King ne l'imaginait pas. Si seulement, dans le dream de son repos éternel, il pouvait entrevoir ce dessin de Willem qui, d'un oeil averti, nous livre une lecture du résultat des primaires démocrates. Hilary a vu son rêve de présidence déchu, mais, qui sait, peut être qu'en 2014, le "deuxième sexe" tirera un trait sur son image de première dame, pour devenir première Présidente.  

07.02.2008

L'abbé Pierre, Sainte Icône

5eac7b9ed8d69b7ead5542d7033a770b.jpgAlors que l'on commémorait hier la mort du fondateur d'Emmaus disparu il y a un an, voici l’occasion de rappeler simultanément à nos souvenirs la fine "Iconographie de l'abbé Pierre" à laquelle se livrait Roland Barthes dans ses Mythologies. Au coeur de notre recueillement, où s’imprime la figure émaciée de l’ecclésiastique à la voix tremblotante, relisons la prose du sémiologue... Sa divine plume croquait ainsi le portrait du Saint homme :
 
« Le mythe de l'abbé Pierre dispose d'un atout précieux : la tête de l'abbé. C'est une belle tête, qui présente clairement tous les signes de l'apostolat : le regard bon, la coupe franciscaine, la barbe missionnaire, tout cela complété par la canadienne du prêtre-ouvrier et la canne du pèlerin. Ainsi sont réunis les chiffres de la légende et ceux de la modernité.
(…)
La coupe de l'abbé Pierre, conçue visiblement pour atteindre un équilibre neutre entre le cheveu court (convention indispensable pour ne pas se faire remarquer) et le cheveu négligé (état propre à manifester le mépris des autres conventions) rejoint ainsi l'archétype capillaire de la sainteté : le saint est avant tout un être sans contexte formel ; l'idée de mode est antipathique à l'idée de sainteté."
(…)
Mais il faut bien constater que la barbe ecclésiastique a elle aussi sa petite mythologie. On n'est point barbu au hasard, parmi les prêtres ; la barbe y est surtout attribut missionnaire ou capucin, elle ne peut faire autrement que de signifier apostolat et pauvreté ; elle abstrait un peu son porteur du clergé séculier : les prêtres glabres sont censés plus temporels, les barbus plus évangéliques : l'horrible Frolo était rasé, le bon Père de Foucauld barbu ; derrière la barbe, on appartient un peu moins à son évêque, à la hiérarchie, à l'Église politique ; on semble plus libre, un peu franc-tireur, en un mot plus primitif, bénéficiant du prestige des premiers solitaires, disposant de la rude franchise des fondateurs du monachisme, dépositaires de l'esprit contre la lettre : porter la barbe, c'est explorer d'un même cœur la Zone, la Britonnie ou le Nyassaland. »
 
Et nous nous arrêterons sur cette dernière leçon de sémiologie proférée par l’auteur. Constatant l’effort d’apparence simple et neutre de l’abbé, Barthes résume en une phrase le sens de cette image et, dans le même temps, le sens de sa discipline :
 
"(…) où les choses se compliquent — à l'insu de l'abbé, il faut le souhaiter — c'est qu'ici comme ailleurs, la neutralité finit par fonctionner comme signe de la neutralité, et si l'on voulait vraiment passer inaperçu, tout serait à recommencer."