03.06.2009

Le MoDem ou la mythologie du piquet

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Brillant édito de Thomas Legrand de France Inter, sur la "sincérité giratoire" de François Bayrou :

podcast

"En géométrie, le centre est un point. François Bayrou, en revendiquant le centre cherche le point central comme un point d’équilibre. Il est comme ces deux géographes Jean-Baptiste Delambre et Pierre Méchain juste après la révolution. Ils ont passé des années en savants calculs, tirant des droites depuis les frontières et les cotes pour déterminer le point, le cœur de la France. Au bout de 7 ans, ils ont planté un piquet figurant le vrai centre de la France à quelques dizaines de kilomètres de Bourges, dans un pré à Bruère-Allichamps..."

 

06.05.2009

WELCOME TO FABULOUS LAS VEGAS

petit-fute-LAS-VEGAS-2009-1.jpgC’est par ce mythique slogan de bienvenue que sont accueillis chaque année les plus de 39 millions de visiteurs qui arrivent à Las Vegas. Le panneau vintage qui porte l’inscription marque la frontière d’un territoire où tout n’est que faste, jeux et divertissement. Bienvenue donc dans le fief argenté d’une société de consommation à son paroxysme. Aucun superlatif ne parait suffisant pour décrire cette ville champignon, dressée au cœur du désert du Nevada comme un champ de buildings dorés au milieu de nulle part. Dans la Babylone du jeu, les casinos ont remplacé les banques et les jetons de poker sont devenus la principale monnaie d’échange. Les plus grands hôtels du monde s’y côtoient : chacun a sa thématique, tous ont pour point commun d’y brasser, chaque jour, des millions en petites coupures.

Malgré le soleil qui brille sur les hectares de vitres teintées composant les façades des édifices, ont voit peu le jour à Las Vegas et beaucoup la couleur de l’argent : le vert du dollar américain. Dans de vastes casinos où tintent en continu des milliers de bandits manchots, le temps est suspendu : impossible de savoir l’heure qu’il est, difficile de trouver la sortie… Ne reste plus qu’à s’attabler à un tapis vert et laisser la main du croupier décider de son destin. Car Las Vegas, c’est aussi la ville de tous les possibles : on peut s’y faire plumer en un tour de roulette, comme on peut y amasser des montagnes de dollars sur un simple coup de bluff. La vie dans la capitale du divertissement ne s’arrête cependant pas aux jeux d’argent : elle se poursuit sur un grand huit qui traverse un hall d’hôtel en quelques loopings, sur les bancs d’une petite chapelle blanche qui marie les couples en un quart d’heure, dans la pénombre d’une salle de spectacle devant des magiciens, des showgirls ou des acrobates.

Las Vegas peut surprendre, amuser, déconcerter, susciter les plus grandes répulsions comme les plus grandes addictions. La ville demeure quoiqu’il en soit une étape essentielle de l’Ouest qui en dit long sur l’Amérique d’aujourd’hui : concrétisation du rêve américain, elle laisse une chance à quiconque de s’enrichir, et symbole d’un immense paradoxe, dans un pays en pleine crise économique, elle illustre le culte qui continue d’être voué à une société de consommation sans limite – d’où son surnom : Sin City (la ville du pêché). C’est dans cette ville, fascinante par ses excès, entière dans sa démesure, que le Petit Futé a décidé de vous guider, en espérant qu’avec ou sans argent, vous en ressortirez gagnant. En route, et faites vos jeux !

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30.03.2009

Watch at the Watchmen

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Il faut soi-même se sentir la trempe d’un super-héros pour regarder un film de super-héros quand on sait qu’il dure 2h45. Beaucoup ont ainsi reproché à Watchmen ses inutiles longueurs mâtinées d’ésotérisme, notamment lorsque le récit fait une parenthèse sur mars en compagnie du Dr Manhattan dans le rôle du prof de philo bleu fluo. Mais ces longueurs jugées hâtivement étaient sans compter les plus de mille références qui jalonnent le film et qui prennent légitimement un peu de place sur la pellicule. Elles sont des références historiques, musicales, cinématographiques que le réalisateur Zack Snyder s’est amusé à arranger à la sauce Watchmen.

Vj_day_kiss.jpgLe somptueux générique d’entrée (en vidéo ci-dessous) en compte une dizaine à lui seul. Apparaissent ainsi successivement : la watchwomen Spectre Soyeux sur la carling d’un B-52 américain de la 2e guerre mondiale, le personnage de Silouhette embrassant fougueusement sa compagne dans un remake lesbien de la célèbre photo V-J Day in Timesquare d’Alfred Eisenstaedt, le départ en retraite de Silk Spectre reprenant la composition du Dernier Souper de Léonard de Vinci, Dr Manhattan serrant le main de JFK avant qu’il ne se fasse tirer dessus dans sa Cadillac par le personnage du Comédien, Andy Warhol présentant une toile avec la tête de Hibou en lieu et place de ses Marylin multicolores… Tout ceci sur l’air de la mythique chanson de Bob Dylan The Times they are a-changin'… Les temps changent. Et l’histoire aussi... car un peu plus tard dans le film, le fantomatique Dr Manhattan gagne à lui seul la guerre du Viêt-Nam sur l’air d’une musique encore une fois bien connue : Ride of the Valkyries, la bande originale d’Apocalypse Now.

19.02.2009

Obey Mania

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Obey – Shepard  Fairey de son vrai nom – est sorti de la sphère intimiste de l’art de rue pour être projetté au devant de la scène publique, au point product_thumb.jpgd’avoir été l’auteur presque malgré lui de l’affiche la plus célèbre de la campagne de Barack Obama. Quand d’autres équipes de campagne, à d’autres époques, auraient catégoriquement refusé l’exploitation de toute image du présidentiable sans un minutieux contrôle préalable, l’équipe de com du nouveau président, rodée aux techniques de buzz, s’est empressée d’approuver la démarche indépendante de l’artiste, ravie d’être relayée en sous main, sans frais et sur la toile par un discours underground aux accents « cool ».

Obey ne s’était jamais investi pour une personnalité politique et s’était même plutôt fait le chantre d’un discours « anti » d’une tonalité contestataire comme l’y incite sa figure d’artiste de rue dans la lignée d’un Banksy ou d’un Zeus qui tatouent respectivement les murs de Londres et de Paris. Eux, mettent des portes-jartelles à la Reine d’Angleterre ou détournent les plaques d’immatriculation de la police municipale. Obey s’est quant à luiobeybook.png souvent illustré en dénigrant la socéiété de consommation et en dézinguant la politique de W. à travers des codes graphiques révolutionnaires, teintés de rouge soviétique. Qui aurait dit qu’un jour, un artiste d’inspiration coco ferait le portrait officiel-malgré-lui du nouveau président des Etats-Unis ?

L’iconographie alternative que revêtait l’affiche a ses début, s’est d’ailleurs un peu évaporée. Le visage plein d’espoir d’un obama rouge, blanc, bleu, le regard tourné vers l’avenir, peint par un gars de la rue, a été rattrappé par le rêve américain qui en a fait un objet de grande consommation. Quel profil facebook ne l’utilise plus ? Sur quel T-Shisrt ne fut-il pas imprimé ? Combien de gamins ne l’affiche pas dans leur chambre à coté de leurs posters d’artistes de rap préférés ? L’image dessinée est belle et bien sorti du champ confidentiel du street art, pour devenir le nouveau visage de toute l’Amérique. C’est alors que les problèmes ont commencé.

Comme le révèle un passionnant article de Philippe Grangereau parue dans Libération, une photographe de l’Associated Press clame la propriété de l’image dont s’est inspiré l’artiste pour réaliser son collage. Interrogé sur le sujet, Obey a en effet reconnu s’être inspiré d’une photo qu’il avait trouvé sur le Net. On s’est dit alors que la méchante agence de presse allait lui réclammer des sommes pharaoniques en dommages et intérêts et que l’artiste, qui s’était fait le véhicule de cette belle photo incarnant une élection présidentielle historique et le nouveau visage de l’Amérique, se ferait plumer dans sa misérable condition de street artist rebel mais intègre… Le scénario presque déjà écrit ne s’est pourtant par déroulé ainsi

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Alors que l’AP proposait un accord a l’amiable plutôt inventif et salutaire – « alimenter un fond de charité destiné a soutenir les photographes de l’AP à travers le monde qui sont victimes de conflits ou de désastres naturels » –, Obey n’ a pas semblé réceptif a la proposition. Le street artist a porté l’affaire devant un tribunal en s’appuyant sur un texte de loi qui autorise une réexploitation « raisonnable » des images soumises à un copyright. Sic. Le beau révolutionnaire qui couvrait les rues de New-York et de Los Angeles de ses affiches anti-système a ainsi tristement révélé son âme plus procédurière que l’institution.

Mais plutot que d’interroger le bien fondé de l’initiative de Shepard Fairey cet incident invite à se poser une question sur la condition du street art, l’art de la rue, l’art de là où est né ce portrait, et sur le moment où le street art devient un art exposé (le portrait est actuellement à l’Institut d’Art Contemporain de Boston), de l’art tout public, voire de l’art de grande consommation… Là ou ce portrait a fini sa course folle. L’art de la rue mâtiné d’esthétique alternative ne semble avoir de sens que dans la rue. A peine révélé au yeux d’une public de masse qui se met à l’idôlatrer au point d’en faire des magnets à coller sur son Frigidaire, il n’a plus ce panache contestataire et rebel que lui donnait son existence sous le manteau. La polémique autour de cette affiche en est la preuve : à peine fut-elle soumise au succès que son intégrité d'oeuvre d'art fut mise en cause. Si elle était resté dasns le carcan des ruelles et des impasses de NY, n’importe quel photographe de l’Associated Press aurait toléré - et se serait même probablement amusé - de cette réappropriation. Dès lors que le street art est exposé, on n'accepte plus ses remixes, ses bricolages et ses emprunts… Dès lors que le street art existe au yeux de tous, il devient soumis aux lois du Copyright. Dès lors que le street art se met à vivre de célébrité, on constate que son auteur qui prônait le changement à travers l'imaginaire de ses affiches, CHANGE également du tout au tout. L’art qui naît dans la rue, souvent à cause des portes fermées des institutions, meurt tristement par son style et dans sa cause, dès lors qu’elles lui sont ouvertes.

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13.02.2009

Saint Valentin, martyr de nos coeurs

 

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"On a beau dire qu’il embrase les corps et les cœurs, qu’il fait toucher le septième ciel, qu’il enchante l’existence et lui donne un sens, qu’il est assez fort pour sortir la vie des plus sombres tunnels de la désespérance et assez fou pour vous faire croire capable de voler, d’être Mozart ou de déplacer les montagnes, on a beau dire que sans lui, on n’est pas grand-chose, condamné à l’errance, la déshérence ou l’insignifiance, on a beau dire ce qu’on voudra, l’amour, un jour ou l’autre, fait mal et rend malade. Ses maux font certes les chants les plus beaux, mais, d’ordinaire, ils sont comme la foudre qui abat l’arbre centenaire : on se croyait au pic du monde et voilà qu’on se fracasse la tête contre les murs, les nuits de chaleur sont des nuits de douleur et d’insomnie, les jours sont sans fin, vides, absurdes et rien ne vaut plus la peine. Si seulement les chagrins d’amour témoignaient de l’absence d’amour, de l’amour trahi, mourant d’inanition, fini, et qui finit par s’oublier ! Mais non ! Ils sont là et font tourner le sang quand l’amour est là, quand, aimant ou aimé, on craint de ne pouvoir aimer assez ou d’être abandonné, quand la jalousie vous étreint le ventre et désoriente la raison, quand la trahison détisse toutes les loyautés secrètes tressées depuis l’enfance, quand les bisbilles, puis les disputes, puis les scènes et les haines empoisonnent chaque heure de chaque jour ! Alors, comme on dit en cas d’accident, en cas de panne ou d’incendie : Que faire… en cas d’amour ?"

Robert Maggiori, "Ne me quitte pas", à propos de l'ouvrage d'Anne Dufourmantelle En Cas d'amour, Libération, 12/02/09

Photo : Two Lovers de James Gray